Actions au Sahel et en Afrique de l'Ouest

TÉMOIGNAGES
 

Sous la direction du Prof. GUIDERE (Président de l'ONG MIM et Expert UNOWAS) ont été menées les actions suivantes : 

1. Création de Groupes de paroles pour les femmes victimes du terrorisme et de violences de guerre (conflits au Sahel).

2. Formation de Médiatrices humanitaires (pair-médiation) pour la promotion de la santé mentale des femmes dans divers pays du Sahel.

3. Entraînement à l'utilisation d'outils d'évaluation de la santé mentale directement dans les langues locales (Hausa, Fulani, Arabic...).

Témoignages

Voici des témoignages issus du Sahel : les prénoms ont été modifiés pour préserver la sécurité des participantes.

Aïssata, région de Mopti, Mali
Langue : Fulfulde

« Mi yi’i ɗum waɗi e jammaaji ɓurɗi ɗi mi waɗi e waɗi ndiyam. Mi waɗi gorko am, mi waɗi suudu am, mi waɗi jamirooje am. Mi heɓi waɗi waɗi ɗum e wuro, kono mi waɗi ɓernde am e maayde. Mi waɗi ɓernde am ndiyam ndiyam, mi waawi waɗde no mi jogii.

Ndeen, mi heɓi rewɓe ɓe noddi mi e waɗi waɗi ngal. Ɓe waɗi jokkondiral e amin. E dow ngal, mi waawi woyde, mi waawi wi’ude ko mi yi’i. Ɓe waɗi ndiyam ɓernde am. Mi faami ɗum ko mi heɓi ko ndee woni TSPT. Mi andi ko mi jogii, mi andi ko mi waɗata.

Jooni mi woni rewɓe goɗɗe e wuro am, mi waawi waɗde jokkondiral e ɓe, mi waawi wi’ude ɓe ɗum waɗi ɓernde am ndiyam. »

Traduction française

« J’ai vu des choses que je n’aurais jamais imaginées. J’ai perdu mon mari, ma maison, ma tranquillité. Je suis restée en vie, mais mon cœur était comme mort. Je ne dormais plus, je sursautais au moindre bruit, je ne comprenais pas ce qui m’arrivait.

Puis j’ai rejoint un groupe de femmes. Nous nous sommes assises ensemble. Là-bas, j’ai pu pleurer, j’ai pu dire ce que j’avais vu. Elles ont allégé mon cœur. J’ai compris que ce que je vivais avait un nom, un trouble lié au traumatisme. J’ai compris ce que j’avais et ce que je pouvais faire.

Aujourd’hui, je parle avec d’autres femmes de mon village. Je peux leur expliquer que ce qu’elles ressentent peut être apaisé. »

Zainab, État de Sokoto, Nigéria
Langue : Hausa

« Lokacin da rikici ya zo ƙauyenmu, na rasa ‘yar uwata da gidana. Na daina fita, na daina magana da mutane. Ina jin tsoro ko da rana ce. Ina jin zuciyata na bugawa da sauri, kuma ban iya barci ba.

Da na shiga ƙungiyar mata, na fara jin cewa ba ni kaɗai ba ce. Muka zauna muna magana cikin harshenmu. Na iya faɗar abin da ke raina ba tare da jin kunya ba.

An koya mana yadda za mu gane alamomin damuwa da tashin hankali. Na yi gwajin da aka yi cikin Hausa, ba tare da fassara ba. Na ga sakamakon, na gane cewa ina fama da damuwa mai tsanani. Yanzu ina samun tallafi, kuma ni ma ina taimaka wa wasu mata. »

Traduction française

« Quand le terrorisme est arrivé dans notre village, j’ai perdu ma sœur et ma maison. J’ai cessé de sortir, j’ai cessé de parler aux gens. J’avais peur même en plein jour. Mon cœur battait très vite et je ne dormais plus.

En rejoignant le groupe de femmes, j’ai compris que je n’étais pas seule. Nous parlions dans notre langue. J’ai pu dire ce que je ressentais sans honte.

On nous a appris à reconnaître les signes d’anxiété et de détresse. J’ai passé un outil d’évaluation directement en haoussa, sans traduction. En voyant les résultats, j’ai compris que je souffrais d’une dépression. Aujourd’hui je reçois un accompagnement et j’aide d’autres femmes. »

Mariama, région de Tillabéri, Niger
Langue : Fulfulde
« Mi waɗi rewɓe waɗi jeyaaɓe. Ndeen, mi heɓi waɗi ko mi yi’i e waɗi gite am. Mi waɗi ɓernde am nder duuniyaaru ndu mi andaa. Mi waɗi ɓurɗe e jamma, mi waɗi weltaare. Ɓe njanngi amin rewɓe no min waawi heɓde waɗi e ɓernde amin. Mi heɓi sembe nde mi andi ɗum ko mi jogii. Mi waawi wallude rewɓe goɗɗe nde mi njangii no min waawi huutoraade waɗi ngal ngol ko o waɗi e ɗemngal amin. Mi waɗi mediatrice jooni. Mi yidi waɗde jokkondiral e rewɓe ndee, nde min woni e saare amin. »
Traduction française :
« J’étais une femme brisée. Ce que j’avais vu restait devant mes yeux. Mon cœur était perdu dans un monde que je ne reconnaissais plus. J’avais des cauchemars et des crises d’angoisse. On nous a formées pour comprendre ce qui se passe dans notre esprit. J’ai retrouvé de la force en comprenant ce que je vivais. J’ai appris à utiliser l’outil d’évaluation dans notre langue, sans passer par une autre. Je suis maintenant médiatrice. J’accompagne les femmes de mon village et je crée des espaces de parole pour qu’elles ne restent plus seules avec leur douleur. »
Amina, région du Centre Nord, Burkina Faso
Langue : Arabe local
« بعد الهجوم على قريتنا، فقدت زوجي وأخي. كنت أسمع أصوات الرصاص في رأسي حتى بعد أن انتهى كل شيء. لم أعد أخرج من البيت، وكنت أبكي بصمت.
عندما حضرت مجموعة النساء، شعرت لأول مرة أنني أستطيع الكلام. تكلمنا بلغتنا، بدون ترجمة، وبدون خوف. شرحت لنا الوسيطات معنى الصدمة ومعنى الاكتئاب.
استخدمت أداة التقييم بلغتنا العربية. فهمت أن ما أعانيه ليس ضعفاً في الإيمان بل جرح في النفس. الآن أشارك في دعم نساء أخريات، وأقول لهن إن الألم يمكن أن يُفهم ويمكن أن يُخفف.»
Traduction française
« Après l’attaque de notre village, j’ai perdu mon mari et mon frère. J’entendais encore les tirs dans ma tête même quand tout était terminé. Je ne sortais plus de la maison et je pleurais en silence. Quand j’ai rejoint le groupe de femmes, j’ai senti pour la première fois que je pouvais parler. Nous avons échangé dans notre langue, sans traduction et sans peur. Les médiatrices nous ont expliqué ce qu’est le traumatisme et ce qu’est la dépression. J’ai utilisé l’outil d’évaluation en arabe. J’ai compris que ce que je vivais n’était pas une faiblesse de foi mais une blessure psychique. Aujourd’hui je soutiens d’autres femmes et je leur dis que la souffrance peut être comprise et soulagée. »
Fanta, région de Kolda, Sénégal
Langue : Français
« Je n’ai pas vécu un conflit armé direct, mais j’ai accueilli des femmes déplacées venant du Mali. En écoutant leurs récits, j’ai commencé moi aussi à faire des cauchemars et à ressentir une angoisse permanente. La formation de médiatrice humanitaire m’a permis de comprendre le traumatisme secondaire. J’ai appris à utiliser les outils d’évaluation en fulfulde et en haoussa pour les femmes réfugiées que nous accompagnons. Le fait que ces outils soient conçus à partir de leurs propres langues change tout. Elles se reconnaissent dans les mots. Aujourd’hui, les groupes de parole que nous animons sont devenus des espaces où les femmes retrouvent leur dignité et leur capacité d’agir. Je vois des femmes qui ne parlaient plus reprendre confiance et devenir à leur tour des relais dans leur communauté. »
Hadiza, région de Diffa, Niger
Langue : Hausa
« Bayan harin da aka kai ƙauyenmu, na rasa mijina kuma aka sace ɗiyata na watanni. Na fara jin cewa rayuwa ta ƙare. Ina jin tsoro idan na ga kowane mutum da ba na sani ba. Idan dare ya yi, zuciyata tana bugawa da ƙarfi, jikina yana rawa. Da na shiga cikin ƙungiyar mata, na ji cewa ana saurare na. Na faɗi abin da ya faru a gare ni cikin Hausa, ba tare da wani ya canza kalmomi ba. Na yi amfani da kayan gwajin lafiyar kwakwalwa cikin harshena. Na gane cewa ina fama da tashin hankali bayan bala’i. A hankali, na koyi dabarun numfashi da yadda zan kwantar da hankalina. Yanzu idan zuciyata ta fara bugawa da sauri, na san abin da zan yi. Ina taimaka wa wasu mata su gane cewa abin da suke ji yana da suna kuma ana iya samun taimako. »
Traduction française :
« Après l’attaque de notre village, j’ai perdu mon mari et ma fille a été enlevée pendant plusieurs mois. J’ai eu le sentiment que ma vie était finie. J’avais peur de toute personne inconnue. La nuit, mon cœur battait très fort et je tremblais. En rejoignant le groupe de femmes, j’ai senti que l’on m’écoutait. J’ai raconté ce qui m’était arrivé en haoussa, sans que mes mots soient transformés. J’ai utilisé un outil d’évaluation dans ma langue. J’ai compris que je souffrais d’un trouble de stress post traumatique. Peu à peu, j’ai appris des techniques de respiration et d’apaisement. Aujourd’hui, quand mon cœur s’emballe, je sais comment réagir. J’aide d’autres femmes à comprendre que leurs symptômes peuvent être pris en charge. »
Khadijatou, région de Kayes, Mali
Langue : Soninké
« N na da jikke faamu na koota. N na da woto ma, n na da kille ma. N na da xaraane ma. N ma a na yugu suwo, n ma a na teŋe.
N na sigi kaane muso lu e jokkere. N na kuma, n na ñaaga. Muso lu na xibaaru, na faamu n jikko. N na faamu n ga na xaraane a ye depression. Sisan n ga wallu muso lu xawa. N ga na xibaaru i ye n faamu, i ma na teŋe do. »
Traduction française :
« J’ai perdu la compréhension de moi-même. J’ai perdu ma maison, j’ai perdu mes proches. J’étais comme absente, je ne reconnaissais plus ma vie. Je me suis assise avec d’autres femmes dans un groupe. J’ai parlé, j’ai pleuré. Les femmes m’ont écoutée et j’ai compris ce qui m’arrivait. J’ai compris que je vivais une dépression. Aujourd’hui, j’accompagne d’autres femmes. Je leur partage ce que j’ai appris pour qu’elles ne restent pas seules. »
Safiya, région du Lac, Tchad
Langue : Arabe tchadien
« لما هربنا من القرية بسبب القتال، عشنا في المخيم سنوات. كنت أشعر أنني فقدت قيمتي كامرأة. لا أتكلم كثيراً، ولا أشارك في أي نشاط.
عندما بدأت جلسات النساء، شعرت بشيء يتغير. تكلمنا عن الخوف، عن الغضب، وعن الحزن. استخدمنا أداة تقييم بلغتنا، وكانت الأسئلة قريبة من حياتنا.
عرفت أنني أعاني من قلق شديد. بدأت أتعلم كيف أهدئ نفسي وكيف أطلب الدعم. اليوم أشارك في تدريب نساء أخريات في المخيم على التعرف على أعراض القلق والاكتئاب. »
Traduction française :
« Lorsque nous avons fui le village à cause des combats, nous avons vécu des années dans un camp. Je sentais que j’avais perdu ma valeur en tant que femme. Je ne parlais presque plus et je ne participais à rien. Quand les séances pour femmes ont commencé, j’ai ressenti un changement. Nous avons parlé de la peur, de la colère et de la tristesse. Nous avons utilisé un outil d’évaluation dans notre langue, avec des questions proches de notre réalité. J’ai compris que je souffrais d’un trouble anxieux sévère. J’ai appris à me calmer et à demander du soutien. Aujourd’hui, je participe à la formation d’autres femmes du camp pour qu’elles reconnaissent les signes d’anxiété et de dépression. »
Aminata, région de Bobo Dioulasso, Burkina Faso
Langue : Dioula
« Sisan tuma kɛlɛ kɛ, n ye n ka denw bɔ. N ye n ka cɛ bɔ. N bɛ siran don, n bɛ suguya don. N ma fɔ n sɔrɔ min ye n na.
N taara musow ka kulu la. N fɔ n ka dɔgɔkun, n ka siran, n ka dimi. Musow bɛ n lamɛn.
N ye n hakili kɛcogo kɛ an ka kan na. A ma taa fɛ ka fɛ ka taa. A ye n fɛrɛ la ko n bɛ kɛ siran ni dimi. Sisan n bɛ musow wɛrɛ kɔ. »
Traduction française :
« Quand la guerre est arrivée, j’ai perdu mes enfants et mon mari. Je vivais dans la peur et la honte. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Je suis allée dans un groupe de femmes. J’ai parlé de ma douleur, de ma peur et de ma tristesse. Les femmes m’ont écoutée. J’ai utilisé l’outil d’évaluation dans notre langue. Il ne passait pas par une autre langue. J’ai compris que je souffrais d’anxiété et de dépression. Aujourd’hui, j’accompagne d’autres femmes. »
Rokhaya, région de Tambacounda, Sénégal
Langue : Pulaar
« Mi waɗi heɓde rewɓe ɓe njogii waɗi e ɓernde. Mi waɗi heɓde weltaare, mi waɗi heɓde suusude. Mi yi’i ko waɗi e Mali, e Niger, nde rewɓe ɓe arii e saare amin. E nder formation ngal, mi jangi no mi waawi faamde ko rewɓe ɓe jogii. Mi huutori ngol outil e pulaar, nde ko rewɓe ɓe andi. Ɓe waɗi wi’ude ko ɓe yi’i, ɓe waɗi woyde.
Jooni mi woni mediatrice e jamirooje rewɓe. Mi andi ko ɓernde rewɓe waawi fowru nde ɓe heɓi ɗum jokkondiral e faamde. »
Traduction française :
« J’ai rencontré des femmes qui portaient une grande souffrance intérieure. J’ai vu leur anxiété et leur isolement, surtout celles qui arrivaient du Mali et du Niger. Pendant la formation, j’ai appris à comprendre leurs difficultés. J’utilise l’outil d’évaluation en pulaar, dans la langue qu’elles maîtrisent. Elles peuvent raconter ce qu’elles ont vécu et pleurer. Aujourd’hui, je suis médiatrice dans les groupes de femmes. Je sais que le cœur des femmes peut se reconstruire quand elles trouvent un espace d’écoute et de compréhension. »

Sélection photo des interventions de MIM au Sahel

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